Et si les entreprises européennes devenaient enfin REACh ?

L’adoption  du  projet  européen  REACh   (Registration,  evaluation  and  authorisation  of chemicals)  en    2006  a  sans  conteste  modernisé  la  législation  européenne  en  matière  de  substances chimiques.   Depuis,   toute   information   sur   ces   substances   (produites   ou importées, existantes  ou  nouvelles)  doit  être  transmise  entre  fabricants  et  utilisateurs,  en  aval et en amont de la chaîne d'approvisionnement mais aussi aux autorités, sous peine de lourdes  amendes.  Cependant,  5  ans  après,  les  entreprises  européennes  du  secteur éprouvent  toujours  les  pires  difficultés  pour  être  en  conformité  avec  REACh.  Un  seul  remède : optimiser les échanges clients –fournisseurs.

Un défi global
Toute  l’industrie  traitant  ou  ayant  recours  à  des  matières  chimiques  ne  peut  ignorer  ces réglementations si elle désire s’implanter sur le marché européen. De plus, les contraintes vont encore s’accroître d’ici juin 2013. La liste des « Substances of Very High Concern »* va s’allonger  avec  la  diminution  du  seuil  accepté  de  concentration  par  produit  (0,1%)  et  de tonnage   (<100   tonnes).      Les   industriels   et   importateurs   devront   également   fournir  systématiquement des scénarios d’exposition et d’écoulement de substances. D’un côté, les entreprises acheteuses espèrent de leurs fournisseurs une mise à niveau indépendante des frontières  de  régulations  et  juridictions  européennes.  De  l’autre,  les  fournisseurs,  où  qu’ils soient, sont obligés d’intégrer le risque règlementaire qu’est REACh pour faciliter la mise en conformité de leurs clients européens. 

Des obstacles et peu de solutions
Le  paradigme  REACh  implique  une  obligation  de  partager  les  informations.  A  chaque changement  d’information,  les  utilisateurs  concernés  doivent  être  avertis  via  une  Fiche  de Données  de  Sécurité  (FDS)  et  de  ses  annexes*.  Par  manque  de  motivation,  temps  ou d’argent,  les  fournisseurs  (notamment  extra-européens)  ne  vont  pas  investir  pour  produire une FDS correctement normé (avec traductions, règlementations nationales…). La pression règlementaire retombe donc souvent sur les  industriels européens.
Plusieurs moyens sont utilisés sans garantie de succès. Le premier consiste à demander à son fournisseur un FDS conforme,  démarche simple qui reste souvent lettre morte. Convaincre le fournisseur qu’un unique représentant est nécessaire (un agent intra-UE dont la principale mission serait de centraliser et régulariser les imports de produits chimiques), car  cela  simplifierait  les  procédures.  Troisième  option,  sans  doute  la  plus  compliquée, réaliser la FDS soi-même, mais  les entreprises ne communiquent pas assez et n’auront en conséquence  qu’une  maîtrise  limitée  à  la  fois  du  risque  règlementaire  mais  aussi  des produits  achetés.  Enfin,  l’ultime  voie,  certainement  la  moins  avantageuse,  consiste  à remplacer son fournisseur actuel par un autre de préférence européen. 

Une bonne gestion du risque règlementaire 
Fabricants,  importateurs,  distributeurs  ou  utilisateurs,  tous  doivent  avoir  les  connaissances techniques  requises  (dossier  d’enregistrement,  FDS  fiable),  identifier  leurs  produits  pour construire  une  stratégie  adaptée,  ce  qui  nécessite  souvent  un  accompagnement  dédié.  La pression, notamment sur les PME jusqu’ici peu affectées, va croître avec l’apparition de plus en plus de substances listées (après la date butoir de 2013). Ces entreprises auront besoin d’innover  pour  atteindre  leurs  objectifs  tout  en  maîtrisant  les  coûts  supplémentaires.  Une méthodologie  commune  de  montée  en  compétence  formalisée  serait  un  excellent  moyen d’assurer un niveau d’exigence et d’information homogène.  
D’ailleurs,  plus  d’entités  concernées  veut  aussi  dire  une  plus  large  base  sur  laquelle s’appuyer  pour  gérer  le  risque  règlementaire.  De  cette  idée  se  dégage  la  solution  de plateformes  d’échanges  par  fédérations.  La  courroie  d’information  étant  libéralisée,  un  tel consortium  permettrait  de  partager    les  données,  les  expertises  ainsi  que  les  coûts  avec d’autres  déclarants.  Peu  encore  connue,  une  méthodologie  similaire  est  déjà  en  place  via des  Forums  d’Echange  d’Informations  initiés  par  l’Etat.  Une  plateforme  collaborative permettrait aux clients d’avoir une réponse commune et efficace, en règle avec l’Article 33 de REACh. Face aux multiples règlementations américaines (TSCA, California RoHS, California Prop  65,  etc),  européennes  (WEEE,  REACH,  CLP…)  et  internationales  (UN  GHS),  les entreprises  doivent  s’engager  dans  une  approche  intégrée  de  la  gestion  du  risque  de conformité.  Finalement,  l’utilisation  d’outils  informatiques  de  traçabilité  des  substances  se démocratise. Des projets utilisant un tel progiciel sont en cours chez les grands noms de la chimie. Certains proposent leur expertise de  rédaction de FDS et d’étiquetage directement chez leurs clients. Ce phénomène s’étendra ensuite aux autres secteurs.

Ces multiples initiatives sont de celles qui permettront la multiplication de bonnes pratiques et  l’amélioration  de  la  communication  entre  clients  et  fournisseurs.  Les  fédérations  voient dans  l’approche  par  plateforme  un  intérêt  majeur.  N’oublions  pas  l’une  des  raisons  de l’existence  de  REACh :  promouvoir  la  compétitivité  et  l’esprit  d’innovation  de  l’industrie chimique européenne. Quel meilleur moyen pour elle, et les autres secteurs ensuite, de se responsabiliser et augmenter l’efficacité et la qualité des ressources et systèmes ? Relever le  défi  règlementaire  lancé  par  REACh  permettra  à  l’ensemble  de  l’industrie  mondiale  de progresser.

 

Sébastien Brasseur, Associé en charge de la « Maîtrise des risques » chez Logica Business Consulting

  *SVHC, c’est-à-dire les produits dangereux pour le milieu aquatique, les produits Persistant/Bioaccumulable/Toxique pour l’environnement (PBT) ainsi que les produits Cancérigènes/Mutagènes/Repro-toxiques (CMR)
*Composée de 16 chapitres et 1 annexe (contenant des précautions d’emploi, propriétés physico-chimiques, informations toxicologiques…) la FDS est l’outil d’information du fabricant du produit au client. Son utilisation  souffre d’un format peu maîtrisé et d’un contenu  informationnel souvent incomplet.

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