L'évolution des DSI est inévitable et... bénéfique !

Publié le 15 septembre dans le magazine 01informatique

L’informatique se consumérise. Les utilisateurs sont désormais très aguerris et souvent mieux équipés chez eux qu'au bureau. Dans leur vie privée, ils disposent fréquemment d'outils plus élaborés que ceux proposés par l'entreprise. Ainsi, ils consultent sans compter leur smartphone personnel, connecté à Internet, aux réseaux sociaux et à leurs boîtes mail, alors qu'ils n'ont parfois qu'un téléphone mobile professionnel et doivent utiliser leur ordinateur portable pour se connecter au système de l'entreprise lorsqu'ils sont en déplacement. Chez eux, un téléviseur HD voire 3D leur permet de diffuser leurs films de vacances ou de jouer avec leurs enfants alors qu'ils se contentent d'un poste de travail ralenti par le pare-feu et les nombreuses procédures de sécurité d'accès lorsqu'ils téléchargent une présentation de quelques transparents dans leur entreprise.

La banalisation de ces technologies contraint les directions informatiques à évoluer. Elles n'ont plus d'autre choix que de se réinventer, de se repositionner dans la chaîne de décision tant vis-à-vis des utilisateurs que de leur direction générale. C'est désormais une question de survie.

La question n'est plus « pourquoi » mais « comment » !

Pour entreprendre sa mutation, la DSI doit anticiper les innovations et décider de les intégrer ou non à son offre de services avant que leurs utilisateurs ne multiplient les initiatives non contrôlées, tout en restant fidèles à ses fondamentaux : mettre à disposition de l'entreprise les outils informatiques qui lui permettront d'accomplir efficacement ses missions et d'améliorer sa profitabilité en toute sécurité.

Le Cloud, la mobilité, les réseaux sociaux... Autant de « buzzwords » qui ont un impact fort sur la direction des systèmes d'information, son organisation et sa gestion. Ces technologies ont certes un apport indéniable en termes de performances, car elles permettent de nouveaux usages. Cependant, elles transforment les systèmes d'information, outils professionnels par excellence, en puissance de traitement informatique accessible de partout et par tous.

La DSI se doit de répondre vite et avec à propos si elle ne veut pas être court-circuitée. Le risque de « désintermédiation » est bien réel ! N'importe quel département est aujourd'hui à même d'acheter et de mettre en œuvre un serveur et une application logicielle qui répondent à ses besoins, sans passer par le service informatique. Mais le vrai danger est que la DSI soit décrédibilisée et qu'elle perde en légitimité tant auprès des utilisateurs que de la direction générale. Face à ce risque – et surtout à ses conséquences, elle doit anticiper,  ne plus se poser la question de « pourquoi mettre en place » telle technologie, mais plutôt « comment la mettre en place » pour rester cohérente avec la stratégie de l'entreprise tout en devançant les besoins des utilisateurs.

Les difficultés à résoudre sont nombreuses. Car le processus de décision est long lorsqu'il s'agit d'équiper des milliers voire des dizaines de milliers d'utilisateurs de telle ou telle technologie. Il faut éviter la construction de silos informatiques et fluidifier la circulation des données au sein de l'entreprise, mais aussi à l'extérieur, afin de faciliter le travail collaboratif et le partage d'informations. Il faut aussi se poser les bonnes questions et challenger constamment ses propres services. L'accès à telle application est-il nécessaire 24h/24 et 7j/7 ou une ouverture 10 heures par jour est-elle suffisante ? Un réseau social d'entreprise doit-il disposer des mêmes fonctionnalités que les réseaux sociaux grand public ou certaines peuvent-elles être supprimées au profit d'une plus grande robustesse ?

Devenir un véritable chef d'orchestre, partenaire de la direction générale

En procédant à cette inévitable refonte, la DSI pourra intégrer quatre nouvelles fonctions qui renforceront efficacement son rôle. Le Responsable de la sécurité des systèmes d'information (RSSI), s'il existe déjà, doit gagner en responsabilité. Une direction de l'Innovation, sorte de service de recherche numérique, peut être créée afin d'organiser la veille et d'anticiper l’intégration des technologies émergentes. Une direction des contrats simplifiera le pilotage et la gestion des engagements, sujet d'importance à l'heure où les services en mode Cloud se généralisent. Enfin, une direction du « sourcing » sera chargée de repenser la stratégie en matière d'externalisation, d'étudier quoi outsourcer, à quel moment, pour quelle durée et dans quelles conditions.

La DSI conserve ses fonctions régaliennes de « gardienne du temple » et voit ainsi son rôle enrichi. Affranchie d'une partie de l'exploitation par le recours aux services Cloud, elle agit en véritable « chef d'orchestre » des systèmes d'information. De centre de coûts, elle devient davantage créatrice de valeur. Elle s'affirme en offreur de services aux utilisateurs – et non en prestataire interne.  Elle renforce sa dimension de partenaire de la direction générale grâce à une approche de bout en bout et à une vision globale des technologies, de leur usage et de leur évolution.

Il ne faut pas se leurrer. A court ou moyen terme, 80% des productions informatiques seront externalisés. La DSI doit monter d'un cran dans l'organigramme et se placer au niveau stratégique. Pour cela, elle doit aider la direction générale à tirer le meilleur profit de ces technologies. C'est à elle de gérer la complexité croissante de l'outil informatique et de profiter de sa position aux avant-postes de la technologie pour tirer pleinement parti des nouveaux usages.

Benoît Leboucher, Directeur Associé en charge de l’activité Performance de la DSI chez Logica Business Consulting

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