Et si l’e-santé contribuait à la sauvegarde de notre système de santé
Selon une étude Ipsos-Logica Business Consulting*, les Français sont plutôt satisfaits de la qualité des soins promulgués tout en ayant des craintes sur la pérennité financière de ce système. La loi de réforme du système de santé, Hôpital Patients Santé et Territoires** (HPST) porte ses fruits. Le premier bilan est encourageant, mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin.
Il faut s’inspirer des premiers enseignements de la réforme pour emprunter les voies les plus prometteuses : décloisonner le système de santé et rechercher une meilleure forme de gouvernance, repenser la formation des personnels hospitaliers et s’appuyer sur les nouvelles technologies pour mettre en œuvre l’e-santé.
Une réelle aspiration au débat public
89% des Français estiment que le système de santé offre des soins de qualité. Et 75% sont d’accord avec l’idée que celui-ci permet à chacun d’accéder facilement à un médecin ou à un hôpital proche de son domicile. Ce plébiscite ne cache pas qu’ils redoutent néanmoins l’inflation des dépenses et craignent de ne plus pouvoir financer un modèle trop onéreux. Déjà, une personne sur deux seulement juge que notre système de santé propose des soins financièrement accessibles à tous. S’ils préfèrent une adaptation à une refonte importante, les Français (98%) estiment qu’un vaste débat à l’occasion de la prochaine élection présidentielle est indispensable.
Deux ans à peine après l’entrée en vigueur de la loi HPST, un rapport du comité d’évaluation montre que l’offre de soins présente déjà des signes de progrès. Les coopérations entre établissements de soins, organismes médico-sociaux et le secteur ambulatoire commencent à se développer. Le décloisonnement entre hôpital, cliniques privées et acteurs libéraux est enfin amorcé.
Cependant, s’il est sur la voie de la guérison, l’hôpital est loin d’être sortie d’affaire. Pour être réellement performant, il devra s’appuyer sur une organisation stabilisée et flexible, achever la réforme de sa gouvernance et décloisonner encore avec différentes formes de coopération (CHT, public – privé, GCS…).
Faire plus et mieux avec moins !
Si le passage aux 35 heures a perturbé le système hospitalier, force est de constater que sa productivité s’est améliorée. Oui, mais en parallèle, les coûts ont progressé. La vraie question aujourd’hui est : comment être plus efficient avec des budgets publics en baisse ? Les Français ont conscience de ces difficultés. Bien qu’ils y soient défavorables, 44% jugent nécessaire l’augmentation du niveau des cotisations sociales. Mais ils sont 68% à être opposés à une baisse des remboursements de soins.
Une activité peut contribuer à résoudre cette quadrature du cercle, c’est l’e-santé. Cet ensemble de technologies de l’information et de la communication désigne les pratiques médicales à distance qui mettent en relation patients et professionnels de santé. Il peut s’agir d’établir un diagnostic, d’assurer le suivi postopératoire ou post-thérapeutique d’un patient, de prescrire des produits, de requérir un avis de spécialiste ou de surveiller l’état des patients.
Garantir l’accès au soin à tous les Français
Ce secteur est prometteur en termes de gains à la fois économiques, médicaux et sociaux. L’e-santé pallie les carences des déserts ruraux et répond ainsi au problème de l’hétérogénéité de la répartition des praticiens sur le territoire. Meilleur suivi des patients atteints de maladies chroniques ou orphelines (diabète, hypertension…), apport de soins de qualité à moindre coût aux populations rurales parfois isolées, mise à disposition des maisons médicales de garde d’une expertise, réduction du recours direct aux urgences, meilleur suivi des personnes âgées ou handicapées, autant de points qui sont facilités par la mise en œuvre de solutions d’e-santé, tout en améliorant le ratio qualité de la prise en charge du patient/coût des soins. Selon certaines études, la télésanté pourrait contribuer à réduire le nombre d’hospitalisations de 30 à 50% et allongerait la vie des patients de 15 à 55%.
À quand un véritable déploiement de l’e-santé ?
Non contente d’améliorer la qualité des soins, l’e-santé simplifie également les processus administratifs en permettant par exemple le suivi d’un patient par des spécialistes de plusieurs départements. La France doit toutefois définir un cadre légal qui dépasse le stade des expérimentations pour un déploiement massif. Entre autres obstacles à lever, citons la faiblesse de l’interopérabilité des systèmes d’informations malgré un cadre existant.
De tels systèmes garantiraient la continuité du flux d’information tout au long de la prise en charge du patient et favoriseraient la mise en place du dossier médical partagé à l’échelle du pays ; un dossier médical unique consultable par les professionnels de santé garantissant ainsi une meilleure prise en charge. Enfin, il faudra aussi régler la question du remboursement des actes de télémédecine par la Caisse d’Assurance Maladie, frein important pour débloquer le financement des installations.
Pour ancrer la télémédecine dans les usages, inspirer confiance aux patients et aux professionnels de santé, il est impératif de démontrer son efficacité, les gains médicaux, mais aussi financiers qu’elle génère. C’est à cette tâche que l’ASIP Santé*** s’est attelée en finançant des projets pilotes qui fourniront les premiers retours d’expérience en la matière. Dotés de 5 millions d’euros, les projets retenus, le traitement des plaies et radiologie à domicile permettront de valider la pertinence et la rentabilité des solutions. Ils apporteront aussi leur contribution à la définition d’un modèle économique pérenne. Les premiers résultats de ces expérimentations sont attendus courant de l’année 2012.
* "Les Français et le système de santé", enquête Ipsos-Logica Business Consulting pour la Fédération de l’hospitalisation privée, juillet 2011.
** La loi-Hôpital, patients, santé et territoire (HPST) date du 21 juillet 2009. Elle a pour vocation de réformer la régulation de la démographie médicale. Objectif : ramener les hôpitaux publics à l'équilibre budgétaire en 2012 alors qu'ils affichent un déficit cumulé de 800 millions d'euros chaque année, après l'échec de la réforme de 2002.
*** ASIP Santé est l’agence des systèmes d’informations partagés de santé.
Jean-Philippe Nanteuil, manager santé chez Logica Business Consulting